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La demi-travée

INSCRIPTIONS POUR LA 10ème DEMI-TRAVEE

 » Du côté de l’Epître : Laudate Dominum , omnes Angeli Ejus ».

 » Du côté de l’Evangile : Laudate Eum in Atrio Sancto Ejus » .
Cette inscription rappelle les prières incessantes et les louanges de Dieu que les chanoines d’Aire firent entendre ici même pendant tant de siècles .
A l’office de la prière a été jointe chaque jour l’offrande de l’auguste sacrifice , dans cette même enceinte sacrée . Voilà pourquoi , plus haut et dans le fond des galeries ou triforium , vous voyez un autre ensemble de peintures ; et celles-ci représentent l’histoire du sacrifice de l’autel , et dans sa réalité et dans ses figures avant Jésus-Christ .

C’est d’abord , au paradis terrestre , image de l’Eglise , l’arbre de vie qui est planté par le Seigneur lui-même . Adam et Eve , encore dociles et fidèles , écoutent la voix de Dieu qui leur dit les merveilles de cet arbre , figure de celui de la croix .
Puis vous voyez le juste Abel offrant à Dieu ce qu’il a de plus précieux dans son troupeau . C’est encore une figure de Jésus , qui s’est appelé lui-même l’Agneau de Dieu , l’Agneau immolé dès l’origine du monde .
Ensuite , c’est le grand sacrifice de Noé , le nouveau père du genre humain . Au sortir de l’arche , après le déluge , il offre à Dieu tous les animaux purs , et Dieu reçoit ce sacrifice , et il fait briller son arc dans les nuées en signe d’alliance avec la nouvelle humanité .
Le sacrifice de Melchisédech se présente en quatrième lieu dans l’ordre du temps; on pourrait dire en premier lieu dans l’ordre des idées , tant la matière est semblable ici dans la figure et dans la réalité . D’un côté comme de l’autre , en effet , c’est le pain et le vin : le sacrifice eucharistique est ici plus qu’annoncé , il est montré .
L’Agneau Pascal , cet emblème si connu , si employé , si vénéré , se présente ensuite ; il n’a pas besoin d’être expliqué .
La manne du désert , ce pain tombé du Ciel , n’est-ce pas une admirable prophétie du pain vivant qui dans l’Eglise de Dieu , descend du Ciel , est Dieu lui-même ? La manne est donc ici à sa place légitime , et elle est un des emblèmes destinés à préfigurer l’Eucharistie .
Il en est de même de la grappe mystérieuse du raisin de la terre promise , de cette contrée qui figure le Ciel , comme le désert figurait le monde actuel . L’Eucharistie , elle aussi , est un breuvage fortifiant , venu du Ciel et qui doit nous conduire au Ciel .
Le huitième tableau nous montre la table des pains de proposition avec le Grand-Prêtre de l’ordre lévitique . C’est ici une vive image du pain eucharistique , un emblème qui déjà annonce de la manière la plus précise l’auguste et divine réalité.
L’olivier de la paix est le sujet du neuvième tableau , qui nous montre ainsi l’Eucharistie source de la paix et sacrement principal de la nouvelle alliance , où l’huile sainte , le fruit de l’olivier , vient si souvent se joindre aux espèces eucharistiques pour donner au chrétien sa force et l’onction dont il a besoin dans les diverses conditions de sa vie ici-bas . Tel est le sens de cet emblème si aimable et si doux .
La vigne d’Engaddi est un autre emblème à la fois historique ou scripturaire et parlant . C’est cette vigne mystérieuse qui donnera le vin eucharistique et qui figurera l’Eglise elle-même , la vigne bien cultivée , l’héritage du Père céleste .
Enfin , au centre même de tous ces emblèmes , vous voyez la réalité , Notre-Seigneur Jésus-Christ , en habit de prêtre de la loi nouvelle , tenant dans ses mains l’Hostie et le Calice , qu’il présente à tous les fidèles , aux membres de son Eglise, à sa famille régénérée .
A droite et à gauche du Sauveur , un ange à genoux offre l’encens , et ces trois tableaux qui forment le fond de la scène et occupent la partie principale du sanctuaire produisent un magnifique effet . Ce second groupe de peintures , ainsi composé de treize tableaux , dont trois pour la réalité et dix pour les figures bibliques , est donc encore tout un enseignement . Ces peintures ont été exécutées par M. Domery , d’Arras , avec une grande intelligence des conditions théologiques et une entente parfaite des moyens à employer pour atteindre un excellent résultat pratique .
On peut dire que ces tableaux donnent une singulière animation à cette partie de l’église , et semblent ajouter beaucoup à la profondeur des galeries . Les tons généralement clairs dans lesquels on a tenu ces peintures font ainsi valoir et ressortir tous les autres ornements du choeur .
Indiquons maintenant les sujets représentés sur les treize verrières , et nous aurons décrit les grands sujets du choeur . Il nous restera alors bien d’autres détails à signaler , et ces autres sujets ont aussi leur importance .
Dans les treize fenêtres du haut choeur on a représenté Notre-Seigneur et ses douze apôtres avec leurs emblèmes bien connus , et que nous n’avons pas à mentionner ici . Jésus est au milieu , dans la fenêtre du fond , au-dessus de l’autel; les armes du donateur , M. Clément d’Halewyn , y sont jointes . A droite et à gauche on voit Saint-Pierre et Saint-Paul . Puis , du côté de Saint-Pierre et en descendant on trouve Saint-Thomas , Saint-Jean , Saint-Jacques-le-Mineur et deux autres apôtres ; du côté de Saint-Paul et dans un ordre analogue , on voit : Saint-André , Saint-Jacques-le-Majeur , et les trois autres membres de cette sainte assemblée . Ainsi se complète le collège apostolique , ainsi l’ordre des fondateurs de l’Eglise de la terre vient se joindre aux premiers habitants , aux pierres fondamentales de l’Eglise du ciel , et Jésus est le centre des uns et des autres , et l’unité en Dieu est réalisée , dans cette partie de l’église qui est le lieu saint par excellence et l’image du ciel . Les vitraux des apôtres sont de M. Gaudelet , de Lille .
J’ai dit qu’outre ces grands sujets il y a bien d’autres choses encore à étudier dans les peintures du choeur . Voyons d’abord ces signes mystérieux , énigmatiques , qui ornent les trois travées du sanctuaire . Ces peintures sont anciennes , elles datent de la première reconstruction de l’église au XVIe siècle , on les a seulement restaurées pour les harmoniser avec l’ensemble . En voici l’explication .
Dans la travée centrale , vous voyez le fondateur de l’église , Baudoin-le-Pieux , 7ème comte de Flandre , avec sa femme Alise ou Adèle , fille de Robert , roi de France . Ils tiennent une banderole sur laquelle on lit l’inscription suivante , énigme que nous ne sommes pas bien sûrs d’avoir déchiffré :

SUM QUOD ERAM , NEC ERAM QUOD SUM : NUNC DICOR UTRUMQUE

Sans doute c’est l’Eglise qui parle , après sa reconstruction au XVIe siècle . En présence de ses fondateurs elle dit : Me voilà redevenue ce que j’étais , et pourtant je n’étais pas telle que je suis maintenant ( pour le style et les ornements): maintenant on pourra dire que je suis de deux constructions , de deux siècles ( de l’un et de l’autre ) .
Puis vous voyez la croix de Bourgogne ; et les briquets de la Toison d’Or , avec couronnes d’Autriche , puis encore de nombreuses croix de Bourgogne avec pierres lançant des étincelles , tous emblèmes faciles à comprendre pour qui sait l’histoire de nos contrées et les bienfaits sans nombre que les ducs de Bourgogne y ont répandus .
Dans le cordon sculpté , on voit une hostie adorée par deux anges , motif qui se trouve aujourd’hui reproduit avec plus d’ampleur , on l’a vu , dans les trois tableaux de cette abside . Enfin , aux arêtes de la voûte , vous voyez de magnifiques guirlandes de fleurs et de fruits qui , pour les trois travées , forment un bel ensemble de six légères guirlandes peintes au naturel et rehaussées d’or , aboutissant à la clef circulaire de la voûte absidale et produisant un grand effet . L’or est ici prodigué à dessein , afin d’obtenir un point central et principal .
La seconde travée , celle du côté gauche pour le spectateur ( côté de l’Evangile ) , nous offre encore une inscription ancienne . Celle-ci est très connue :

BIS SEPTEM PREBENDAS TV BALDINE DEDISTI

C’est un chronogramme indiquant le chiffre MLVIIII ( 1059 ) , date de la fondation de la collégiale , consistant alors en quatorze prébendes données par Baudoin et Adèle , comme nous venons de le voir . C’est pour cela que le chiffre XIIII (quatorze ) se trouve ici peint avec les clefs de Saint-Pierre , titulaire de l’Eglise. Vous pouvez remarquer ici dans le cordon un cep de vigne sculpté avec une grande délicatesse : c’est admirablement fouillé , c’est presque à jour . Il y a aussi , dans le cordon du bas , des animaux fantastiques fort curieux . Les deux époques paraissent ici confondues , la construction et la reconstruction .
A la troisième travée , celle du côté de l’épître , droite du spectateur , vous voyez des ancres avec un tablier de pont , des flammes ou une grenade qui éclate , puis trois objets dont il est assez difficile de préciser la nature . Il y a aussi une devise, également énigmatique : Non a tant . Ce sont les armoiries des vicomtes d’Aire , Antoine de Bourgogne , Philippe son fils et Adolphe son petit-fils . Là aussi on voit dans le cordon inférieur des débris de l’ancienne église arrangés avec ordre , et le cordon supérieur est également remarquable par un cep de vigne sculpté avec le plus grand soin .
Le sens général des emblèmes de ces trois travées a été ainsi formulé par M. Rouyer : sur la travée du milieu , les peintures ont pour objet de conserver les droits de patronage des comtes d’Artois ; sur la travée du côté de l’évangile , les droits de propriété foncière chanoines du nombre des quatorze ; sur la travée du côté de l’épître , les droits de patronage des vicomtes d’Aire .
Il y a encore des chapiteaux très curieux , ornés de végétaux ou d’animaux symboliques , et dont plusieurs mériteraient d’être reproduits . Tous ces ornements , ainsi que les peintures dont on vient de parler , ont été restaurés avec un grand soin et beaucoup de goût par M. Magnard . Peintures , devises , emblèmes, sculptures , tout se présente maintenant avec grâce , avec netteté : c’est une page historique fort intéressante à consulter .
Voyons rapidement la décoration des autres travées du choeur .
A celles qui viennent immédiatement , à droite et à gauche , après les précédentes, nous remarquons d’abord de riches corbeilles de fleurs au centre de la galerie , des guirlandes de fleurs au lieu de crochets , et ces fleurs sont empruntées au pays lui-même . Ce sont des roses , des marguerites , des lys . Des ceps de vignes ornent les cordons , on y a mêlé des figures chimériques , pièces de rapport provenant des ruines de l’Eglise primitive et agencées dans la reconstruction . Au grand arc doubleau on a placé , avec la date de 1861 , commencement des travaux actuels , les armes de M. le doyen d’Aire , de Mlle de Ghistelles , de Mlle Worms et de M. d’Hagerue . Aux travées suivantes nous trouvons d’abord un double cordon supérieur qui prend ici naissance et se continue le même jusqu’au bas du choeur .
Ce sont des arabesques , des rinceaux , des enroulements heureux et des lignes qui rappellent la renaissance italienne . Il y a là de la sève , de l’exubérance même et une vie énergique . Au cordon inférieur ce sont des feuilles d’oranges disposées en guirlande , ce qui a permis une fort agréable variété de couleurs . Le milieu de l’arcade n’offre plus un végétal ou une corbeille de fleurs , mais bien deux anges placés sur des fleurs et des fruits . Puis ce sont des fleurs diverses , des fruits variés , entre autres des grenades . Au grand arc doubleau on voit les armes de M. d’Aiguirande , celles d’un prélat de Ghistelles , l’avant-dernier prévôt du chapitre d’Aire , M. de Monchy , des paniers de fruits , de fines arabesques et des oiseaux .
L’arc doubleau suivant porte la date de 1728 et beaucoup de fleurs , tulipes , oeillets et roses . Au centre de l’arcade on voit un beau vase de fleurs , à anses en lapis-lazuli , un grand lys blanc , des raisins formant crochets . Dans la gorge de la moulure supérieure se distingue une baguette enroulée d’un ruban bleu .
Aux travées suivantes on remarque d’abord une grande coquille avec un ange . De cette coquille descend une guirlande dans laquelle on voit beaucoup de marguerites . La gorge de la moulure et le cordon du bas offrent un ornement tout-à-fait grec , des oves . A l’arc doubleau on voit les armes de Pie IX , celles de Mgr Parisis , des arabesques dans le goût de la Renaissance et autres ornements .
Enfin , aux dernières travées du choeur on voit comme ornement du centre de l’arcade , de grandes palmes , les clefs de saint Pierre , de grands feuillages , puis des masses de roses et de raisins . La gorge et le cordon inférieurs sont ornés de petites feuilles d’eau . A l’arc doubleau sont des vases de fleurs , des ruches , des palmes et des couronnes .
Les galeries ont de supports variés en bon style moyen-âge . Quant aux tons employés à la décoration générale du choeur , outre le granit et le grès rouge dont nous avons parlé , on a généralement admis ceci : le bas en or , le milieu en jaune orné , le haut en jaune pur ; chapiteaux supérieurs , carmin et or , plus bas vert et or; retombées des petites arêtes , vert et or .

L’ensemble du choeur est d’une harmonie et d’une vigueur remarquables . A l’exception des peintures des galeries , la décoration du choeur a été exécutée par M. Magnard .