↑ Revenir à Plan d’ensemble

Le transept

Deux surfaces d’une largeur et d’une hauteur considérables se présentent à la vue du spectateur aux deux extrémités des bras de la croix de l’Eglise que nous visitons. Comme ces surfaces sont fort rapprochées de l’œil du visiteur , les bras de la croix étant fort peu accusés et l’Eglise ayant presque la forme d’une basilique; comme d’ailleurs elles ne sont percées d’aucune grande rose ni accompagnées d’aucun portail remarquable par ses dimensions ou ses ornements , elles laissaient un champ fort vaste à la peinture d’une série de sujets , et voici ce qu’on y a représenté .

Au côté droit du visiteur entrant dans l’Eglise on a retracé l’histoire du patron ou titulaire actuel de l’Eglise , saint Pierre apôtre . Nous disons le patron actuel , parce que primitivement cette Eglise était placée sous l’invocation de saint Jacques-le-Majeur , dont nous trouverons l’histoire peinte dans une chapelle spéciale .
L’histoire de saint Pierre occupe , en peinture murale , toute la largeur de ce côté du bras de croix , au-dessous des hautes fenêtres , plus ,en vitraux peints , les deux grandes fenêtres du bas .

Les peintures murales , ou , si l’on aime mieux , les grandes toiles peintes qui ont été placées là ( à la manière dont on décorait toujours autrefois ces vastes pans de murs en tapisseries de haute lice ou en toiles peintes ) , nous offrent trois scènes de la vie du chef des Apôtres . On y voit d’abord , à commencer par la gauche , la vocation de saint Pierre ; au milieu , la remise des clefs au même apôtre établi par Jésus-Christ chef de son Eglise ; à droite et en troisième lieu , saint Pierre marchant sur les eaux . Le caractère de ces peintures est noble et digne ; la majesté du sujet se fait sentir à la gravité des personnages , à la dignité et à la vérité de leur maintien . L’auteur , M. Demory , a traité ce sujet avec une élévation de pensée et une largeur de style que souvent déjà nous avons entendu louer .

Le peintre verrier a continué l’oeuvre avec un éclat remarquable et en profitant avec beaucoup de bonheur des ressources spéciales que lui donne un art enchanteur . Les scènes traitées par M. Lévêque , de Beauvais , sont les suivantes: saint Pierre devant Hérode rend témoignage à la divinité de Jésus-Christ ; saint Pierre a une vision symbolique , la nappe renfermant toute sorte d’animaux , purs et impurs , image de tous les peuples appelés à la vraie foi ; saint Pierre confondant l’imposture de Simon le Magicien ; enfin , saint Pierre attaché à la croix , la tête en bas . On le voit , c’est toute l’histoire du Prince des Apôtres , de sa vocation à son martyre , et cette histoire est désormais exposée aux yeux des pieux fidèles ou visiteurs de l’Eglise Saint-Pierre d’Aire , et dans les tons calmes et recueillis de la peinture murale , et dans la chaleur et l’éclat de la peinture sur verre . Assurément il était convenable de donner cette grande place , cette haute importance , à un si glorieux Patron .

Il est à Aire d’autres gloires qu’il fallait faire revivre , des gloires spéciales , des titres à la fois historiques et pieux ; c’est à l’autre côté des bras de la croix qu’on les a inscrits .
Ici vous voyez d’abord , en peintures murales correspondant à celles que nous venons de voir , trois grands sujets représentant trois faits de la vie de sainte Isbergue ou Giselle , la sœur de Charlemagne , qui a passé à Aire une grande partie de sa vie , qui s’y est sanctifiée et y a rendu son âme à Dieu . Les fondations ont été nombreuses , et c’est à elle que l’on doit la première institution de cette belle église collégiale que nous visitons . Sa place était donc marquée dans cette Eglise où toujours elle fut vénérée .

Dans le premier tableau vous la voyez recevant de saint Venant , son parent , le conseil de consacrer à Dieu sa virginité . Son bon ange l’accompagne , son attitude indique le vœu qu’elle fait en la présence de Dieu et de l’un de ses plus fervents visiteurs , qui bientôt sera martyr . Dans le second tableau la scène est différente : c’est Charlemagne , le grand et immortel Empereur , le fondateur du Saint Empire et de l’Europe chrétienne , qui vient , à Aire , visiter sa sœur sainte Isbergue , dans le monastère qu’elle y dirigeait . Cette scène est rendue avec beaucoup de calme et de majesté . Enfin un troisième tableau représente les honneurs rendus à sainte Isbergue , après sa mort , au village où elle repose et qui porte son nom . Les personnages qui s’y trouvent indiquent assez les grâces , les guérisons , les miracles obtenus par son intercession . Ces trois tableaux sont l’oeuvre de M. Demory .

Une autre gloire spéciale pour la ville d’Aire , c’est la confrérie et la statue de la sainte Vierge qui porte le nom de Notre-Dame Panetière . Les vitraux des grandes fenêtres de ce côté en reproduisent l’histoire . Ils sont , comme ceux de saint Pierre , de M. Lévêque , de Beauvais .

La fondation de cette confrérie ou charité , au XIIIe siècle , tel est l’objet qui se présente tout d’abord . Elle a pour titre l’assomption de la sainte Vierge : voilà pourquoi nous avons représenté Marie montant au ciel entourée avec respect par les anges . Elle fut dès l’abord approuvée par onze évêques , et enrichie d’indulgences et de faveurs spirituelles ; voilà pourquoi des prélats sont là dans diverses postures qui indiquent la vénération et la reconnaissance d’un culte spécial . Enfin les fidèles et les ecclésiastiques viennent à l’envie s’enrôler sous cette bannière , et vous les voyez à genoux et dans les attitudes qu’inspirent la dévotion et la piété .

Le second sujet indique , d’une manière synthétique et de convention , les nombreuses processions qui eurent lieu à Aire en l’honneur de Notre-Dame Panetière , depuis le XVIIe siècle jusqu’à nos jours . C’est surtout en 1641 , en 1646 , 1647 , 1652 , 1667 , 1669 , 1740 et même dernièrement , en 1849 , qu’eurent lieu ces solennités . On ne pouvait ici représenter que les groupes principaux , les particularités les plus saillantes . C’est à ce titre qu’on a rappelé au premier plan la corporation des portefaix habillés en Romains et portant la vénérable statue .

Le troisième sujet rappelle un fait qui se passa lors du siège de 1641 . Le magistrat vient offrir à Notre-Dame Panetière les clefs de la ville , au retour d’une des processions dont nous venons de parler .

Le quatrième sujet a rapport au même siège . Pendant que l’Eglise où nous sommes s’écroulait de toute part , pendant que l’artillerie des assiégeants y produisait des ravages affreux , la chapelle de la sainte Vierge demeurait intacte , la statue était préservée , la lampe même qui brûlait devant cette image n’était point atteinte .

Ces quatre sujets sont donc de l’histoire locale : c’est la reproduction de faits accomplis ici même où nous sommes ; c’était une sorte de pieux devoir de retracer ainsi , en caractères brillants et animés , les souvenirs des jours anciens mêlés à des souvenirs contemporains et à une dévotion dont nous visiterons tout à l’heure le sanctuaire . Achevons d’abord notre visite aux bras de la croix .

Nous y trouvons encore un beau chemin de la croix , en relief , avec encadrements fort riches dans le style du milieu de l’Eglise . Ce chemin de croix , polychromé avec beaucoup de goût par M. Le Mâle , de Douai , produit un grand effet . Sept stations ornent le bras de la croix du côté du Nord , les sept autres sont placées au côté du Sud .

Enfin une double série de sujets se répondant également et se faisant suite l’une à l’autre attire l’attention du visiteur arrêté devant la partie de l’Eglise où nous sommes . D’un côté se trouvent les sept joies de la sainte Vierge , de l’autre côté les sept douleurs . Il était juste de consacrer ainsi à la sainte Mère de Dieu une place d’honneur , une place principale , dans cette Eglise où d’ailleurs nous lui en verrons d’autres encore . Ici on a voulu retracer les faits saillants de sa sainte vie : ailleurs on a dit et on dira les marques spéciales de sa protection .
Les deux grands tableaux qui forment le centre de ces compositions sont assez remarquables et méritaient d’être employés dans le système général de décoration. L’un est de l’école vénitienne , et bien qu’il ne fasse point partie , quant au sujet , de l’ensemble des allégresses de Marie , on a pensé qu’il ne serait pas déplacé au milieu de ces sujets avec lesquels il a d’ailleurs une grande analogie . Il forme , comme le grand tableau de l’autre côté , une sorte de milieu de triptyque , et les six petits tableaux qui les accompagnent de chaque côté , et qui sont l’oeuvre de M. Demory , en sont comme les volets ouverts .

Cette disposition anime ces grands murs , qui étaient bien froids avant d’avoir reçu leur brillante décoration . Aujourd’hui , on peut le dire , ces murs sont la partie la plus ornée , la plus brillante de notre belle Eglise . La douceur , le calme intime et pieux des peintures, l’éclat éblouissant des vitraux , la riche polychromie et la vigueur des tons du chemin de croix , font de ces extrémités du transept quelque chose qui tout d’abord saisi et impressionne . Il était difficile de donner à cette partie importante de l’Eglise plus d’élégance , de beauté , et surtout d’utilité , puisqu’ainsi elle sert à instruire , à rappeler des faits édifiants , et à porter à la pratique des plus solides vertus .